Abdelghani : Salut Mohamed.
Mohamed : Salut !
Abdelghani : Merci d'avoir accepté l'invitation dans "La Cabine de Presse". Pour ce premier épisode, c'est un honneur de t'avoir.
Mohamed : Le plaisir est pour moi. On se connaît depuis longtemps. On s'est croisés sur les chantiers...
Abdelghani : Je me rappelle notre rencontre... C'était avec les Adidas Runners. On courait sur le bitume. C'était il y a presque un an, n'est-ce pas ?
Mohamed : Oui, c'est ça.
Abdelghani : Quand as-tu commencé à courir ? Ça fait combien de temps ?
Mohamed : Ça fait un an et 6 mois exactement.
Abdelghani : Tu courais quand tu étais petit ?
Mohamed : Honnêtement, la course n'a jamais été ma passion au début.
Abdelghani : C'était quoi ton sport alors ?
Mohamed : Le foot, ma passion de toujours. J'y joue encore de temps en temps pour bouger un peu. Mais j'ai fini par me trouver véritablement dans la course.
Abdelghani : Quel a été le déclic pour mettre tes baskets et commencer à courir ?
Mohamed : Je suis convaincu que chaque coureur a une histoire personnelle. On a tous besoin d'un déclic, et il diffère selon chacun. Pour moi, c'est arrivé quand j'ai changé d'entreprise. Lors de la visite médicale d'embauche, ils mesurent tout : taille, poids... L'infirmière m'a dit de monter sur la balance. Je pesais plus de 80 kg.
Abdelghani : Ah oui ?
Mohamed : 80 kg ! J'ai dit : "C'est pas possible ! Mademoiselle, ce n'est pas mon poids, votre balance ne marche pas !" Elle m'a répondu que c'était le chiffre. J'ai dit : "Écoutez, notez 75 kg !"
Abdelghani : (Rires) C'est vrai que tu as beaucoup fondu. Par rapport à notre rencontre, tu as perdu énormément de poids.
Mohamed : Quand on s'est vus, j'avais déjà commencé depuis 3 ou 4 mois. Au total, j'ai perdu environ 12 kg.
Abdelghani : Bravo ! Est-ce que ça t'a aidé pour tes performances ?
Mohamed : Franchement, oui. En courant, tu perds du poids naturellement, même si tu ne fais pas attention à 100 % à ton alimentation.
Abdelghani : Tu suis un régime spécifique là ?
Mohamed : Forcément, un petit peu. Je prépare un marathon complet, donc il n'y a pas que les kilomètres. Il y a tout un aspect nutritionnel à respecter scrupuleusement.
Abdelghani : Tu peux nous expliquer ?
Mohamed : Mon régime est basé sur beaucoup de protéines et de fibres, tout en réduisant les glucides. Ça permet de bien maintenir les muscles. Les fibres et protéines sont vitales.
Abdelghani : Pourquoi réduire les glucides ?
Mohamed : Ils aident, mais je commence mon "carb-loading" (recharge glucidique) à 4 jours de la course. C'est très efficace pour les compétitions comme le semi ou marathon. Le sucre est stocké directement car le corps en a été un peu privé. Pendant les 5 jours qui précèdent, le corps stocke tout pour le jour J. J'ai testé ça au marathon l'an dernier et ça a vraiment fait la différence. Je l'ai refait sur des semis, l'effet est garanti. C'est une méthode qui marche à 100 % pour moi.
Abdelghani : Tu vas participer au marathon de Casablanca. Tu vises un record ?
Mohamed : Mon temps actuel est de 4h30. Tout nouveau chrono sera un record.
Abdelghani : Ton temps de 4h30 m'étonne car tu fais le 5 km en moins de 20 min. Ce n'est pas très logique.
Mohamed : En fait, j'ai couru ce marathon après seulement 3 mois de pratique.
Abdelghani : Tu as commencé par un marathon ?
Mohamed : (Rires) Exactement ! Dans mon parcours, j'ai fait un 10 km, puis un semi, puis le marathon. Ce sont les trois premières courses de toute ma vie.
Abdelghani : C'était aussi celui de Casa ?
Mohamed : Oui, exactement. Commencer par un marathon m'a énormément aidé pour la suite. Ensuite, j'ai fait une grosse perf au semi de Dar Bouazza : je suis passé de 1h50 à environ 1h45.
Abdelghani : Bravo ! Qu'est-ce qui est le plus dur ? Viser un record sur courte distance ou simplement finir un marathon ?
Mohamed : Honnêtement, finir le marathon. C'est une expérience à part entière. Le marathon ne ressemble à aucune autre course. Sur 5 km, tu es épuisé par l'intensité pendant 20 minutes. Au marathon, il faut gérer son effort sur 42 km. Je respecte énormément ceux qui le courent en moins de 3 heures.
Abdelghani : Surtout si c'est un amateur.
Mohamed : J'en connais quelques-uns. C'est presque gênant de les appeler encore "amateurs" à ce niveau-là. Ce sont des amateurs très disciplinés. Cette année, je vise les 3h30. Si tout se passe bien, on va essayer.
Abdelghani : Comment gères-tu la semaine pré-course ? Es-tu stressé ?
Mohamed : Durant la dernière semaine, il faut impérativement baisser le volume. Que ce soit pour un semi ou un marathon, on ne doit plus courir tous les jours. Il faut gérer l'aspect mental. Je m'occupe autrement : séances de résistance légère, salle de sport, mobilité. Sans renforcement en salle, la blessure arrive vite. Les exercices de mobilité aident à rester solide avec le gros kilométrage. Si tu ne fais que courir sans prépa physique à côté, tu vas te blesser.
Abdelghani : Ça dépend. Certains courent tranquillement sans se blesser.
Mohamed : Oui, mais ils ne progresseront jamais. Pour courir un 5 km en 3:50/km, ton corps va lâcher si tu n'as pas une base solide de renforcement. La performance exige la salle. Trois séances de course et une quatrième en salle : un footing, du fartlek ou fractionné, et une sortie longue. C'est la clé.
Abdelghani : Tu fais du cross-training ? Vélo, natation, yoga ?
Mohamed : Je faisais de la natation avant, à Agadir, avec les pompiers. Je m'y remets pour un nouveau défi : je me lance dans le triathlon. Le vélo, pas encore, mais la natation, je reprends l'entraînement sérieux.
Abdelghani : Qu'est-ce qui sera le plus dur en triathlon pour toi ?
Mohamed : La natation, car c'est énergivore. Mais c'est sur le vélo que tout se joue pour gagner du temps avec moins d'effort relatif.
Abdelghani : D'autres courses prévues ?
Mohamed : Pour l'instant, focus sur Casa. Ensuite, Dar Bouazza et Marrakech.
Abdelghani : Comment s'est passée ta première gestion de course : musique, alimentation ?
Mohamed : Pour la musique, j'ai décidé d'arrêter d'en écouter en courant. C'était ma dernière course avec écouteurs. Maintenant, je ne les porte jamais, c'est une règle. On a rencontré des gens formidables à Ain Diab, c'est devenu comme une famille. Je m'entraîne entre Ain Diab et les alentours d'Anfa Park.
Abdelghani : Que dirais-tu à ceux qui hésitent face au fameux "mur des 30 km" ?
Mohamed : Le marathon, c'est 100 % mental. Le mur n'est pas un mythe : tes jambes ne répondent plus au cerveau, elles semblent collées au sol. Entre le 30e et le 37e, c'est une guerre contre toi-même. Ton corps crée des douleurs imaginaires. Dès que tu t'arrêtes, tout disparaît. La course t'apprend la discipline : si le plan dit de courir, tu mets tes baskets même s'il est 23h.
Abdelghani : Un mot pour nos auditeurs pour clôturer ?
Mohamed : C'est une super initiative de partager ces expériences. À Casa, il y a tellement de profils et de récits différents. Ça peut inspirer beaucoup de gens à trouver leur propre voie. Chaque coureur a une histoire à raconter.
Abdelghani : Merci beaucoup Mohamed, à bientôt !